Les Ours des Montagnes rouges (légende Canadienne)











Les Ours des Montagnes rouges



Il y a fort longtemps déjà, par un bel après-midi, un couple Wendat part en excursion dans la forêt. Après une longue marche, un ours surgit devant eux. Pas menaçant, mais immobile, décidé. Un autre apparaît à leurs côtés, puis un autre encore… Bientôt, voilà les Wendats complètement encerclés par des ours, qui leur demandent de les suivre jusque dans leur territoire, les Montagnes Rouges. 

Il n’y a pas de discussion possible, aucun moyen de fuir. Ils ne peuvent qu’obéir. Les ours installent le couple dans une grotte et s’assurent qu’il ne manque de rien : fruits frais, noix, eau claire… Ils ont tout ce dont ils ont besoin. La vie avec les ours est même plutôt agréable : les oursons s’amusent, les bêtes inventent mille et un jeux, le temps s’écoule paisiblement. Pourtant, quelque chose manque au bonheur du couple, qui finit par s’ennuyer et vouloir aller retrouver les siens. L’homme tente d’aborder le sujet avec les ours, mais tous refusent de les laisser partir. Il est trop tôt, répètent-ils sans cesse… Il n’est pas encore temps. Temps de quoi ? L’homme ne le sait pas. Un jour, les environs de la caverne semblent tranquilles. Aucun ours dans les parages. L’homme convainc sa compagne : c’est le moment ou jamais ! Ils s’élancent dans la forêt, le cœur battant, courant à perdre haleine. Après un moment, ils doivent reprendre leur souffle. 

L’homme chuchote : « Ça y est, on est à l’abri… » À peine a-t-il fini sa phrase qu’un ours apparaît près de lui, puis plusieurs autres. Les Wendats sont de nouveau encerclés. Les ours grondent de colère. L’humain les a trahis. Ils lui ont donné à boire et à manger, et comment les remercie-t-il ? En s’enfuyant ! Quelques ours s’emparent de l’homme et, sous les yeux horrifiés de sa compagne, ils le jettent du haut d’une falaise. Son corps se fracasse sur le sol. Il survit, mais est gravement blessé. Des os brisés, des côtes cassées, de larges entailles… Les ours enseignent à la femme comment soigner chaque blessure. Ils lui indiquent quelles écorces, herbes et racines cueillir. 

On pourrait croire que l’homme renonça à toute fugue après cette aventure. Pourtant, non. Chaque fois que l’occasion se présente, le malheureux, plein d’espoir, tente de s’échapper. Il se tapit derrière les rochers ou les arbres, plonge dans la rivière, rampe sous le couvert des sapins. Mais chaque fois, une armée d’ours l’attend en cours de route et il est roué de coups et projeté dans les airs. Il y a encore plusieurs plaies à panser. Les ours montrent à la femme comment s’y prendre. Peu à peu, ils lui transmettent tout leur savoir. Quand ils jugent qu’elle a tout appris, ils rendent la liberté au couple en disant que c’est maintenant à eux d’aller enseigner à leurs proches la science de la guérison. Leur chef dit : « Il est temps, maintenant. » Depuis ce jour, l’ours est vu comme un ami des Wendats et il représente la sagesse et la guérison. Car si l’un d’eux a souffert à cause des ours, combien d’autres ont été sauvés par leur médecine ?

La grenouille (Francis Lemarque)







La grenouille



Un garçon part en vadrouille
Au bord d'un étang,
Il attrape une grenouille
Qui dit en tremblant :
Laisse-moi m'en aller
Et je te promets
De réaliser 
trois de tes souhaits !
 

Refrain

Fais-un voeu, mon bonhomme,
Car je peux, mon bonhomme,
Si tu veux, mon bonhomme,
Te donner le bonheur




Tout surpris par ce langage,
Il lui dit, je veux :
Beaucoup d'or dans mes bagages,
Des habits soyeux !
Mais au bout d'un mois,
Il revint la voir
Et lui demanda :
Donne-moi la Gloire !

(refrain)

De tous les puissants sur terre,
Il devint le Roi
Mais dans son coeur solitaire,
Y"avait pas de joie !
Il revint un jour,
Triste et malheureux;
Donne-moi l'amour,
C'est mon dernier voeu !

Ce voeu là,
Mon bonhomme,
tu l'auras,
Mon bonhomme, 
Et cela,
Mon bonhomme,
Sera le vrai bonheur ! (refrain)

Poussant une plainte étrange,
La grenouille alors,
Devant lui soudain se change
En fille aux cheveux d'or !
La main dans la main,
Ils s'en sont allés
Et sur leur chemin,
Les oiseaux sifflaient :
Sois heureux,
Mon bonhomme
car ton voeu
Mon bonhomme,
Pour toujours,
Mon bonhomme,
T'as donné le bonheur !

Antonio Vivaldi




(peinture : Canaletto)

Venise







Antonio Vivaldi est un compositeur et violoniste Italien.
Il est né à Venise le 4 mars 1678. Il meurt à Vienne le 28 juillet 1741.








Antonio Vivaldi





Virtuose du violon, il est un des plus grands compositeurs de la période baroque. Son influence fut très importante dans toute l’Europe.

Il a composé des concertos, sonates, opéras, pièces religieuses.

Les «Quatre Saisons» est l’une de ses oeuvres les plus connues.
Cette oeuvre se compose de quatre concertos pour violons et orchestre.

Chacun des quatre concertos décrit une saison :
le Printemps, l'Eté, l'Automne, l'Hiver.










Le Printemps








L'Eté






L'Automne










l'Hiver













La grenouille qui veut apprendre à chanter (M.L. Vert)





Ce matin, Floc, la plus jolie des grenouilles, était tout heureuse de vivre. Elle avait gonflé son cou et s’était mise à chanter : «Coa ! Coa !».


«Tu chante mal», lui avait crié le pinson en sautillant sur le sentier !


Son contentement tomba d’un coup. Dès lors, elle écouta les chanteurs d’alentour : les alouettes du matin, la mésange à tête noire, le joyeux pinson. Un soir, elle entendit le rossignol. Alors, elle devint triste. Elle comprit qu’en effet elle ne savait pas chanter.

Je vais chercher un professeur, décida-t-elle.

Et elle quitta les abords de la mare.

  • Où vas-tu, Floc ? demandèrent les autres rainettes.

  • Je vais apprendre à chanter ! Je chante mal ; on me l’a dit. Mais j’apprendrai !

Les roseaux la saluèrent de grandes courbettes, quand elle passa ; et les saules du bord de l’eau se dirent qu’après tout cette voix de canard n’était pas agréable, et que Floc avait peut-être raison d’aller apprendre à chanter.





Elle s’en fut trouver le rossignol :

  • Je ne prends pour élèves que les autres rossignols. Nous sommes des artistes. Va donc voir le merle.


Le merle était en tenue de soirée : habit noir à queue, il avait l’air d’un chef d’orchestre.

  • Voyons ce que vous savez faire, Floc ? Sifflez cet air : u-i, ui, ui !

  • Côa ! fit la grenouille.

  • Non, la voix n’est pas belle ! Je ne prends pas les débutants. Il faut d’abord qu’on vous exerce : après, nous verrons. Allez voir la mésange ou le pinson.


Or la mésange ne donnait pas de leçons. Elle chantait pour elle, pour son plaisir. Quant au pinson, il n’avait pas le temps, il préparait un nid.


Floc se décourageait ; le moineau qui sait tout lui cria :

  • Va donc voir le crapaud, il est un peu de ta famille ; il ne fait pas de roulades, il répète tout le temps la même note. Elle est jolie, cette note : on dirait le son d’un verre de cristal. Il t’apprendra toujours cela...



Floc alla chez le crapaud. Il habitait derrière une grosse pierre. Il n’était pas beau. Il ressemblait à une grenouille lourde, courte, enflée, et qui aurait été pleine de verrues. Pourtant, il était très bon. Il voulut bien essayer de rendre service à Floc.



Il s’assit en face d’elle, et la leçon commença :

  • Ecoute bien, tu feras comme moi : tu-u !

Floc gonfla sa gorge et essaya : «Coa-a !»

  • Non, plus haut : tu-u ! tu -u !

La grenouille essaya, pleine de bonne volonté, mais il sortit un affreux co-a ! Si bien qu’elle repartit sans avoir rien appris. Elle retourna à sa mare. Ses soeurs lui firent fête !

  • Sais-tu chanter, maintenant ?

  • Non, dit Floc, je n’ai pas trouvé de bon professeur. Pourtant j’aurais aimé avoir une belle voix.

  • Pourquoi te faire tant de soucis ? Chacun chante ce qu’il aime, le soleil, le clair de lune ou la pluie, avec sa voix de cigale, de rossignol ou de grenouille ! Qu’est-ce que cela fait ? L’essentiel est d’y mettre tout son coeur et toute sa joie ! Regarde ce gros nuage qui s’avance, il est tout gonflé de pluie... Viens, nous allons faire un beau tapage dans notre mare, pour le fêter !

La jolie rainette joignit sa voix à celles de ses compagnes et, bientôt, tout doucement, le contentement revint dans le petit coeur de Floc.


M.L. Vert (Contes de Perrette)



Naissance de la Grande Ourse






Naissance de la Grande Ourse




Artèmis, la Déesse de la Chasse, était intransigeante sur la conduite de ses suivantes. Quand elle apprit que sa fidèle compagne, la nymphe Callisto, venait de mettre au monde en secret, un enfant, elle la chassa sur-le-champ de sa cour. Pourtant, le père du nouveau-né n’était autre que Zeus, le roi des Dieux, le maître de l’Olympe !

Assise près d’une fontaine, la pauvre Callisto se demandait ce qu’elle allait devenir. Elle n’osait pas retourner chez son père, le roi Lycaon, dans le Péloponnèse... Elle regardait son fils Arcas, responsable inconscient de ses malheurs. Pendant ce temps, là-haut, sur l’Olympe, Héra, l’épouse de Zeus, venait d’apprendre la nouvelle aventure de son mari. Furieuse, elle décida de se venger. Quand elle aperçut Callisto penchée sur le petit Arcas, son sang ne fit qu’un tour ; folle de rage, elle transforma aussitôt sa rivale en ourse, la condamnant ainsi à errer jusqu’à la fin de ses jours avec les fauves des montagnes...

Privé de sa mère, Arcas grandit malgré tout, surveillé de loin par son père qui ne l’abandonnait pas. Il devint un bel adolescent aux cheveux bouchés et aux yeux sombres. Voulant retrouver  sa famille, il se rendit un jour chez le roi Lycaon, son aïeul. Celui-ci le reçut à bras ouverts... Le jeune prince apprit aux sujets de Lycaon la manière de semer le blé et de pétrir le pain ainsi que l’art de filer et de tisser la laine...

Puis, Arcas succéda à son grand-père et fit prospérer le pays. Parfois, pour se reposer de ses lourdes tâches, il allait à la chasse.

Ce matin-là, dans les montagnes de Grèce, il suivait la piste d’une ourse. La bête, curieusement, au lieu de s’enfuir, semblait attendre le roi. C’était Callisto qui voulait contempler son fils. Lorsqu’il fut à bonne distance, Arcas banda son arc et prit tout son temps pour bien ajuster son tir. Il allait lâcher la flèche lorsque Zeus, devinant la tragédie qui se préparait, intervint. Il arrêta au dernier moment le bras du chasseur et transforma celui-ci en ours. Puis, il transporta Arcas et sa mère, à nouveau réunis, dans le ciel où ils forment depuis les constellations de la Petite Ourse et de la Grande Ourse.








Illustration


Ma grand-mère (P.H. Dameront)






Ma grand-mère




Je la vois encore avec son modeste costume du pays qu’elle ne voulut jamais quitter, sa taille légèrement courbée, sa démarche mesurée.

Elle avait fait de moi son petit compagnon, et je ne la quittais guère. Le soir, par exemple, aux longues veillées de l’hiver, près du foyer, la quenouille en main, elle m’avait à côté d’elle.

Le printemps venu, et par les beaux jours qu’il amenait, elle m’associait aux visites qu’elle faisait à mon oncle, à mes tantes et à quelques amis; et alors, tout en cheminant dans les sentiers fleuris ou sur les grandes routes que nous parcourions ensemble, le plus souvent à pied, elle me donnait une éducation de peu de mots, de beaucoup d’action, qui est la plus profonde et la plus durable de toutes.



P. H. Damiron

La fée des tulipes (Anonyme)









Près d’un champ peuplé de ces fées que l’on appelle les Pillywiggins, non loin de la lande de Dartmoor, vivait jadis une vieille femme, maîtresse d’une chaumière et d’un ravissant jardin, où elle cultivait le plus merveilleux des parterres de tulipes. Les Pillywiggins, à ce que l’on racontait, aimaient tant cet endroit qu’elle y amenaient leurs bébés et leur chantaient des berceuses pour les endormir. Bien souvent, au plus noir de la nuit, on entendait s’élever une suave chanson, et les accents de la musique la plus mélodieuse qui fût flottaient dans les aires, paraissant émaner des superbes tulipes ; lorsque ces fleurs délicates agitaient la tête dans la brise du sir, on avait parfois l’impression qu’elles scandaient leur propre chant. Dès que les bébés s’étaient endormis, les Pillywiggins regagnaient le champ voisin où elles se mettaient à danser, laissant dans l’herbe des anneaux qui indiquaient, même aux yeux des mortels, à quel genre de gambades elles s’étaient adonnées durant les heures nocturnes.

Au premier rayon de l’aurore, les fées vigilantes retournaient parmi les tulipes où, bien qu’elles soient invisibles, on les entendait embrasser et câliner leurs bébés. Les fleurs, hantées ainsi par ces petites fées, conservaient leur beauté beaucoup plus longtemps que toutes les autres variétés du jardin et, par-dessus le marché, à force d’être constamment caressées par le souffle magique, elles devenaient aussi parfumées que des roses, ce qui était tout à fait contraire à leur nature. La vieille femme qui entretenait le jardin en était si charmée qu’elle ne supportait pas que l’on  cueillît une seule de ses tulipes.

Malheureusement, le jour où la pauvre vieille mourut, son héritier arracha les fleurs enchantées pour les remplacer par une plate-bande de persil, geste qui déçut et offensa si bien les Pillywiggins qu’elles firent faner le persil. Pendant de nombreuses années, on ne put d’ailleurs rien faire pousser dans aucun des parterres du jardin. Mais aussi promptes qu’elles soient au ressentiment en cas d’insulte, les petites fées étaient, comme toutes les têtes un peu chaudes, fort capables d’être reconnaissantes envers leurs bienfaiteurs. Et si elles détruisirent tout ce que produisait le jardin de la bonne vieille, lorsqu’il fut tombé entre des mains indignes, elles soignèrent, en revanche, avec une affectueuse sollicitude la terre où reposait la dépouille de leur amie défunte. On les entendit pleurer autour de sa tombe et chanter ses louanges ; jamais elles ne manquaient de rendre hommage à sa mémoire la nuit qui précédait la pleine lune, quand elles se livraient en toute solennité à leurs danses et leurs réjouissances pour saluer la reine de la nuit qui venait d’accomplir son périple céleste. Jamais la moindre main humaine n’entretint la tombe de la pauvre vieille femme qui avait cultivé le parterre de tulipes et pourtant jamais on n’y vit une seule mauvaise herbe. La terre y était toujours couverte d’un épais manteau vert et les plus jolies fleurs y poussaient sans avoir été semées ni plantées ; et cela dura jusqu’au moment où la dépouille mortelle de la veille dame fut revenue à son état de poussière originel.

(Pierre Dubois - Les contes de féérie)